Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 08:26
DANSE à TEHUANTEPEC, de Diego RIVERA

​ Le fond d'affiche de l'Ensemble MACHADO reproduit une peinture, sans doute assez peu connue, par rapport à la célébrité de l'ensemble de l'œuvre, essentiellement "muraliste" -monumentale, "mexicaine", populaire, de Diego RIVERA.

Contrairement à beaucoup de grandes fresques historiques de l'artiste mexicain, foisonnantes, pléthoriques, "baroquisantes", didactiques, cette œuvre frappe par sa sobriété (et, ce, d'autant plus en regard de son sujet, la Danse, donnant souvent lieu, dans la société latino-américaine, à des manifestations d'une grande exubérance, d'une grande "luxuriance" festive).

Peu de personnages, deux groupes de trois hommes et de trois femmes alignés, quoique, de part et d'autre, se faisant face, robes à volants soulevés du bras gauche, regard droit, pour les unes, et attitude plus statique, presque figée, corps quasi "rétrécis" pour les autres - les femmes, bas de robes déployées en éventail, donc, occupant les deux tiers de la largeur de la toile, conquérantes (ce sont elles qui mènent le bal!).

Espace et décor simplifiés, ordonnés à partir d'une "colonne" centrale (le tronc du palmier), dont la frondaison (les palmes), rythme l'espace découpé en deux arcs "gothiques" -souvenir des toiles architecturées de la Renaissance(?). Grappes centrale et latérales de fruits -compacts, bombés, ou allongés, étirés; exotisme et abondance, "richesse(s)" naturelle-acculturée, mêlée(s). En fond, une lumière en bandeaux chauds-orangés de "vitrail", répondant aux couleurs vives des robes, ferme l'espace.

Derrière l'élément architectural, court, au niveau supérieur, sur les trois côtés, une frise de petits oriflammes mauves, jaunes, roses, et bleus (seule touche de couleur "froide" en-dehors du palmier d'un vert profond ​et nuancé), soulignant l'aspect festif de la scène, tout en en approfondissant l'espace intérieur -angles droits de la guirlande, contre courbes des arcades végétales.

Derrière le tronc du palmier, au niveau inférieur, de part et d'autre, une rangée de femmes assises, face au tableau, silhouettes colorées, visages flous, attendent leur tour de danse -leur regard implicite tourné vers nous, spectateurs, renvoyant ainsi le nôtre, à l'extérieur de l'espace de la toile...

Ce tableau, d'apparence simple, voire, cette scène "simplifiée" -comparée aux frises historiques complexes, surchargées, de l'artiste, donc, n'en est pas moins, à l'analyse, très élaborée, faisant référence à plusieurs esthétiques (populaire, savante), empruntant à plusieurs styles, plusieurs domaines (art du vitrail), "recyclant", mélangeant, plusieurs époques (Renaissance, art de la fresque, modernisme "accrocheur", efficacité, de l'art de l'affiche -à la TOULOUSE-LAUTREC)...

Comme tous les grands peintres, Diego RIVERA, opère une synthèse artistique, dans laquelle classicisme et modernité, art "structural" et art coloriste, art "architectural" et art "intimiste" ("scène de genre", "scène villageoise"?), construction complexe et accessibilité, "lisibilité" populaire, stylisation, espace extérieur et espace intérieur... se répondent en échos, s'entrecroisent en lignes parallèles, s'entrechoquent en éclats miroitants, en profondeurs ouvertes, en perspectives "abymées". Nature et Culture indissolublement tressées.

​ Les couples de Diego RIVERA ne dansent pas la bossa nova, ils ne se déhanchent pas sur un rythme syncopé de samba, une tonitruante batucada... Ils sont comme retenus, ils ont cette retenue, ils sont comme un peu suspendus, à la fois là-présents et un peu absents, à eux mêmes, au monde -leur costumes disant mieux que leurs gestes, leur "latinité" colorée, exubérante, festive... Suspendus, au-dessus de leur fête, suspendus dans leurs pas, les palmes par-dessus leur tête; ils sont comme un peu (trop) discrets..., comme légèrement distraits, figés, à peine, dans l'éternité de l'instant -de la danse, du pinceau de RIVERA, de la chaleur de verre coloré de l'espace devenant tableau... (confondus, étonnés à jamais, dans -et par, la force archétypale de leur "Geste" de Haute Danse à Tehuantepec, que confère l'art de RIVERA à leurs pas arrêtés).

Partager cet article

Repost 0
Published by Méditangotrio
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Méditangotrio
  • Le blog de Méditangotrio
  • : Fondée pour proposer, autour de l’œuvre d’Astor PIAZZOLLA « Las cuatro Estaciones » (« Les quarte Saisons » ), un programme festif, mariant musique populaire et musique savante -œuvres de musique Espagnole, « classique » -airs extraits du folklore Sud-Américain - les opus tanguistiques donc, aux couleurs douces-amères: frissons nostalgiques traversés de secousses rythmiques, de riffs quasi éruptifs : le tango transcendé par le génie de Piazzolla. Musiques de D
  • Contact

Profil

  • Méditangotrio
  •       LE MEDITANGO TRIO
      Flute/ Violoncelle/ Piano           
 
Une formation originale, mêlant vent et cordes
  • LE MEDITANGO TRIO Flute/ Violoncelle/ Piano Une formation originale, mêlant vent et cordes

Texte Libre

Recherche

Liens